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Les Malateste d’Italie et leurs descendants

par Eugéne Ch. VAUVELLE (1905)
 

LES MALATESTE DE RIMINI
L'origine de cette famille semble sortir de la Hongrie. À l’époque de l'Empire Germanique, il existait en Italie, en l'an 1110, un Seigneur de Carpégna, comte de Verruchio ; il fut surnommé Mauvaise Tête. Ce surnom devint celui de ses descendants, qui bientôt prirent un rang illustre parmi les princes italiens. Ils se déclarèrent tantôt pour le parti du Pape, comme quelquefois nous les voyons rangés du côté de l'Empereur d'Allemagne contre le pouvoir du Pape.
C'est en l'an 1200, que l'Empereur Otto III, choisit un Malateste, comme son vice-roi dans l'état de la Romagne, sur la mer Adriatique.
En 1275, les Bolonais choisirent comme leur capitaine général Malateste, comte de Verruchio.
Un autre fut capitaine général des troupes vénitiennes : celui-ci a été Charles Malateste de Rimini. Sa femme était une princesse de Gonzague de Mantoue. Après une brillante victoire contre les Bolonais, il fut reçu en grande cérémonie par le Doge de Venise et conduit en procession en l'église de Saint Marc, où un Te Deum fut chanté en son honneur et les étendards enlevés à l’ennemi, déposés dans l'église de St Marc, 1434.
Le pape Clément VI créa un Malateste prince de Rimini, ville de la Romagne : les Malateste se sont maintenus pendant 200 ans dans leur principauté de Rimini.
Le pape Clément V11 leur reprit Rimini sous Pandolphe Malatesta, qui alla mourir pauvre à Ferrare.
Les armes de cette famille étaient un éléphant et une rose.

Françoise Malateste de Rimini était la fille de Polenta, prince de Ravenne, ami et protecteur du Dante, poète florentin qui, envoyé comme Ambassadeur par la République de Florence pour négocier avec un autre Etat, ayant échoué dans sa mission, il fut exilé de sa patrie et alla demander asile à son ami Polenta prince de Ravenne, père de l'infortunée Françoise de Rimini.
À cette époque, le prince Malateste de Rimini, homme d’humeur difficile, fit la guerre au père de Françoise. Vainqueur de ce prince, comme condition de la paix, il demanda pour femme la fille de son adversaire, Françoise de Polenta. Malateste un infirme, mais guerrier impitoyable, envoya son frère Paul le Beau à la Cour de Polenta de Ravenne, avec mission de ramener sa femme Françoise. Cette princesse fut charmée de la bonne mine de Paul Malateste, le croyant son futur époux ; mais grande fut sa déception en arrivant à la Cour de Rimini. Le Prince de Rimini, son époux, homme laid et boiteux, d’un caractère sombre, lui causa un vif dégoût. Elle était amoureuse de Paul le Beau Malateste son beau-frère. Un jour son mari s’éloigna sous prétexte de faire la guerre à un seigneur voisin, mais le jaloux Malateste demeura caché dans un coin du jardin de son palais. Par une belle soirée, Paul et Françoise se trouvant assis sur un banc comme deux tourtereaux se regardant avec la flamme de l’amour, furent surpris par Malateste de Rimini, qui de son épée les envoya de vie à trépas, les fit placer dans la même bière, puis, les baisant l’un après l’autre, expédia les corps à Polenta père de Françoise, ami du Dante.
C’est à Ravenne que mourut l’immortel poète d’Italie, loin de Florence son berceau. Le prince de Ravenne lui éleva un magnifique tombeau.

Le prince le plus remarquable de la famille de Malateste fut Sigismond, prince de Rimini ; il fit le siège de la ville de Sparte, en Grèce, 1463, qu'il prit sur les Turcs ; mais ne pouvant surprendre le château et se voyant contraint de lever le siège, il mit le feu dans la ville et en ruina la plus grande partie. La seule marque d'humanité qu'il y donna, fut d'enlever le corps de Georges Platho, célèbre philosophe, il le fit porter en Italie et prit soin de lui bâtir un magnifique tombeau dans l’Eglise Saint-François à Rimini, lieu de sépulture de la famille Malateste.
Sigismond avait des prétentions au titre de duc de Sparte, à cause de sa parente Cléophède Malateste qui épousa le prince Théodore Paléologue, despote de la Morée, frère de Constantin dernier empereur de Constantinople. Cléophède eut une fille Hélène Paléologue qui épousa le roi de l’île de Chypre, Jean de Lusignan, descendant de Lusignan qui alla en Terre Sainte avec Richard roi d'Angleterre. A son retour de Palestine, le roi d'Angleterre ayant à se plaindre de Commène, prince de Chypre, le dépouilla de ses biens pour en faire don à Jean de Lusignan, gentilhomme français de Gascogne.
Hélène de Lusignan eut une fille Charlotte, qui épousa en secondes noces le prince Louis de Savoie, ancêtre de la famille royale d'Italie : c'est de son union avec la reine Charlotte de Chypre, que les princes de Savoie prirent le titre d’altesse royale. Le prince Sigismond de Rimini épousa en premières noces la fille du marquis d'Este, et en secondes noces la belle Isotta Sforza, fille du duc de Milan. Sigismond mourut en 1468. Le Pape lui donna le surnom de petit hérétique.


LE COMTE MONTEFELTRE D'URBIN
Une autre branche non moins célèbre de la famille Malateste, en la personne du comte Frédéric Montefeltre d'Urbin. Le comte Frédéric, grand général, protecteur des lettres, seigneur de la ville d’Urbin, berceau du célèbre Raphaël. Le roi Edouard III d'Angleterre le créa chevalier de la Jarretière. Sa cour était un modèle parmi les cours princières d’Italie.
En 1472, Frédéric maria sa fille à Giovanni de la Rovère, neveu du Pape Sixte IV. C'est à cause de cette alliance que le comte fut créé par le pape duc d'Urbin, marquis de Montefeltre. Son fils Guidabeldo, épousa Elisabeth de Gonzague de la maison de Mantoue ; celui-ci fut exilé de ses états par César Borgia en 1497. Ce César Borgia était le fils d’AIexandre VI. Après la mort d'Alexandre, iI retourna à Urbin en 1503, et mourut en 1508, laissant ses états à son neveu, fils de sa sœur. Ce neveu était François-Marie de la Rovère, favori du Pape Jules II, de la maison de la Rovère.
Urbain VIII persuada le dernier duc d’Urbin sans enfants, d'abdiquer en faveur de l’Église. Ce dernier Malateste d’Urbin était François-Marie II. Depuis 1626, Urbin fit partie des états du Pape.


LES PATRAS DE CAMPAIGNO
Les Patras de Campaigno, qui firent leur apparition dans le Boulonnais au temps du roi Henri III de Valois, sont les descendants d’un MaIateste de Rimini, seigneur italien, qui fit partie de la croisade conduite par Baudouin, comte de Flandre. En 1205, à son retour de Terre Sainte, ce Malateste reçut pour récompense de ses services, la principauté de Patras, ville de la Morée ; il devint Malateste de Patras. Après la prise de Constantinople par Mahomet lI , le Sultan fit la conquête de la Morée.
C'est de cette époque que les Malateste de Patras font leurs débuts en France. L’un deux vint offrir ses services au roi Charles VI. Le petit-fils de celui-ci devint capitaine des gardes du roi Louis Xll ; il prit pour la première fois le nom de Campaigno, d’une propriété acquise par contrat de mariage. Un membre de cette ancienne famille occupa la place de gouverneur de Châtillon-sur-Seine, au temps des Valois.

C’est en étant à Blois, que le fils favori de Catherine de Médicis, Henri III, reçut la nouvelle du siège de Boulogne par le duc d'Aumale, de la Maison de Lorraine. Henri IIl commanda à Michel Patras de Campaigno, son commandant à Etaples, de partir immédiatement au secours de la ville de Boulogne. C'est le 9 juillet  que Michel, dit le Cadet Noir, quitta Calais pour paraître le lendemain, vers les trois heures du matin, prés la ferme de Beaurepaire, avec 300 hommes d’élite qu'il commandait. Il tua la sentinelle de ce poste et, ayant culbuté la grande garde, il passa sur le corps à la ligne ennemie et marcha droit à la porte du château, où le brave Dubernet, gouverneur de la ville, vint  joindre ses troupes à celle de Michel Patras de Campaigno. Après avoir tué plus de 200 hommes dont plusieurs officiers de distinction, il entra en vainqueur dans la ville, aux acclamations des habitants. Cette action sauva la ville et parut assez éclatante pour valoir à Michel de Campaigno l’honneur d'être armé chevalier. Ce brave capitaine fut nommé gouverneur du Boulonnais et sénéchal héréditaire par le roi Henri IV, le Béarnais. Le roi lui fit don du château d’Hobengues, près Wimille ; il mourut dans un combat contre les troupes espagnoles, au pont du Lucquet, à Cuverville.
Les Patras de Campaigno furent sénéchaux jusqu'à 1792.


LISTE DES SENECHAUX DU BOULONNAIS D’HENRI IV A LA REVOLUTION (1591-1792)
1591 — Michel de Patras de Campaigno, dit le Chevalier Noir.
1597 — Bertrand de Patras de Campaigno.
1617 — Antoine de Patras de Campaigno.
1649 — François de Patras de Campaigno.
1694 — Emmanuel de Patras de Campaigno.
1704 — François de Patras de Campaigno.
1738 — François-Louis-Marie de Patras de Campaigno.
1778 — François-Marie-Omer de Patras de Campaigno.

Monsieur Marie-Omer de Campaigno, dernier sénéchal du Boulonnais, fut député de Boulogne aux Etats-Généraux de Louis XVI. Sa femme était une demoiselle Delannoy de Wattigny. Leur seule enfant , une fille, Mlle de Neufchâtels épouse M. le Baron de la Fresnoy. Il mourut en 1828. Son tombeau un peu négligé, se trouve dans le cimetière d’Hesdin-l’Abbé.
Le Chevalier noir aussi ne laissa qu’une fille, Suzanne mariée à Messire Dubuisson. Son frère lui succéda dans la charge de sénéchal, sous le Duc d'Epernon.
Un Bertrand George de Campaigno, enseigne au régiment de Picardie, tué en Lorraine sous Louis XIV.
Pierre de Campaigno, lieutenant, tué au siège de Lérida, sous le Grand Condé, en 1647.—Antoine de Campaigno, capitaine au régiment de Picardie, périt dans l’expédition Gigeri, sur les côtes d'Afrique, en 1664.—François de Campaigno, mort à la bataille de Nerwinde sous le Prince de Condé, en 1693.

Les membres aujourd’hui existants de ces Malateste de Patras de Campaigno, tous originaires du Boulonnais, se trouvent dans une situation fort modeste, mais ils n’en sont pas moins les descendants légitimes d’une des illustres des nobles familles de l’Europe.
 

Montherlant a écrit deux ouvrages sur les Malatesta:

  • L'infini est du côté de Malatesta, dans la collection NRF aux Editions Gallimard
  • Malatesta, dans la collection NRF aux Editions Gallimard